Rumeurs Et Commérages : Pourquoi Nous Les "aimons"?

Lotus
De plus en plus de gens aiment lire ce qui est arrivé à telle ou telle star.
La plupart du temps, il s'agit d'évènements totalement banaux que l'on qualifierait de faits divers. Nous nous exaspérons de lire que Britney Spears ne portait pas de culotte; devant les TV réalités où des « inconnus » font le show, nous nous demandons parfois si le monde n'est pas devenu fou...

Pourtant non.

Simplement le succès de ces divertissement prouve une chose : nous aimons les banalités de la vie, qu'elles soient les nôtres ou celles des autres et nous aimons les colporter.

Pourquoi?
Parce qu'il semble que de l'ordinaire naisse l'extraordinaire.

L'ordinaire devient extraordinaire parce que, par un processus d'identification fort, nous magnifions l'expérience de l'autre ainsi que ses qualités ou défauts supposés, que nous pensons nous-même manquer ou posséder.
Ce trait de la nature humaine s'exprime plus encore à travers le phénomène de la célébrité.

Devenir une personnalité publique expose n'importe qui à voir sa vie et sa personne être ouvertement critiqué, jugé ou encensé et admiré par les autres.
Nous aimons les commérages. Et bien que nous pouvons parfois nous en plaindre, elles semblent être un outil de communication important dans notre société.

Aujourd'hui, derrière le mot de « célébrité », on peut retrouver tout un tas de gens : du maire d'une petite ville à un coureur de marathon, d'une star oscarisé à une jeune mannequin qui fréquente toute les boîtes huppés de sa ville.
La célébrité de ces personnes, qui forment un groupe hétéroclite, n'est dû qu'à une seule chose : la reconnaissance de leurs pairs.
Sans le regard de l'autre, il ne pourrait y avoir de célébrité, sans la parole de l'autre pour critiquer, valoriser, adorer, il n'y aurait pas de célébrité.

Une star qui ne figurera jamais dans les journaux à scandales ne sera pas une véritable célébrité. Principalement parce que personne n'aura jamais rien à dire sur elle.
La célébrité implique que la star soit star mais aussi qu'elle soit comme monsieur et madame tout le monde et donc qu'elle ait des choses vraies à partager.
Quoi de plus vrai que sa banalité!
Une banalité qui fait miroir à la banalité des gens qui ne figurent pas sur le papier glacé des magazines.

Et c'est en cela que les phénomènes de la rumeur et des commérages sont intéressants.
Car ils constituent en grande partie le fondement de la célébrité. On ne peut être célèbre que si on parle de nous.
En société, les sujets de conversations des gens dépassant rarement les banalités, lorsqu'ils parleront de vous, ce ne sera pas de votre livre génial que vous être en train d'écrire ou sur vos théories géniales, mais ils parleront de la dernière voiture que vous vous êtes acheté, de votre dernière petite amie, de votre coupe de cheveux, de votre régime...bref de tout, sauf de ce que vous considéreriez comme étant digne d'intérêt, comme votre livre par exemple.

Les rumeurs et commérages peuvent être vrais ou faux, leur nature importe peu. Ce qui importe ce n'est pas ce qui est dit, mais sur QUI cela est dit.
L'intérêt des rumeurs et des commérages n'est pas dans leur contenu mais dans l'objet de cette rumeur, c'est à dire la personne visée par la rumeur.
Celle-ci devient, malgré elle, une célébrité, car l'information ayant circulé dans toutes les oreilles, son nom est désormais connu de tous.

Les rumeurs et les commérages font les célébrités pour le meilleur ou pour le pire.

Il est douloureux de faire face à des rumeurs négatives sur soi.
La nature intrinsèque de l'homme est de rechercher le maximum de plaisir et de bonheur et la relation avec l'autre conditionne grandement cette accession au plaisir et au bonheur.
Nous avons des relations avec les autres parce que nous désirons expérimenter l'amour - aimer et être aimer - dans toutes ces formes, et la célébrité en est l'une des manifestations les plus visibles.
Tout comme la vie est faite de hauts et de bas, il est rare qu'une personne, célèbre ou non, n'ait pas fait face un jour à la rumeur et aux commérages.
Lorsqu'elles nous touchent au plus près, nous les aimons positives, mais elles peuvent être négatives et souvent cela est vécu comme un anéantissement de Soi.

Pourtant si nous nous détachons de la rumeur, nous nous rendons alors compte qu'elle n'a de réelle valeur en soi que si elle a un objet sur qui parler.
En cela nous comprenons, qu'à travers la rumeur, nous exprimons des besoins :
Un besoin (évident) de parler de l'autre,
Un besoin d'avoir un contrôle sur la vie de l'autre, ainsi cela nous donne l'illusion d'avoir un contrôle sur notre propre vie,
Un besoin de se retrouver dans l'autre, de s'approprier son histoire et ainsi remplir un manque -conscient ou non,
finalement un besoin de reconnaissance et d'amour.

Cela peut être un besoin "heureux" (1) et alors le contenu de la rumeur sera positive pour celui qui en est l'objet ou un besoin "malheureux "(2) et alors la rumeur sera négative dans son contenu pour celui qui en est l'objet.

Elle apparaît le plus souvent comme un mécanisme de séparation alors qu'il s'agit d'une tactique pour se rapprocher de l'autre.
De plus, le contenu de la rumeur renseigne très souvent sur la problématique personnelle de la personne qui fait circuler la rumeur.
A moins qu'elle ne soit vérifiable, une rumeur est du domaine du fantasme collectif et est le moyen privilégier de transférer sur l'objet de la rumeur des sentiments, des idées et fantasmes qui ont rarement un lien réel avec l'objet de la rumeur.

L'important ici est donc de comprendre que, bien que nul n'échappe à la critique et à la rumeur des autres, la rumeur n'aura d'importance que si l'objet de la rumeur y accorde de l'importance. Si je devais imaginer la rumeur, le plus souvent elle ressemble à un assemblage de mots incompréhensibles qui fait du bruit pour rien.

Alors si vous faites l'objet d'une rumeur, d'autant plus fausse, sachez qu'en réalité cela cache chez l'autre un besoin de rapprochement et d'appropriation de votre histoire et que cela n'a rien avoir avec vous personnellement. Et vous êtes dès lors plus fort que la rumeur.

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1) un besoin "heureux" est un besoin basé le plus souvent sur des ressentis positifs liés à la reconnaissance de soi. Il peut exprimer un besoin inconscient de se valoriser à travers le succès d'autrui.
(2) un besoin "malheureux" est un besoin basé le plus souvent sur des ressentis liés à la frustration. Il peut exprimer un besoin inconscient de reporter la responsabilité de ses propres "échecs" sur autrui.

Published by Lotus

Lotus is a non-engligh-born freelance writer. Lotus spends her time writing, painting, free counselling and volunteering.  View profile

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